Hybridité culturelle et mémoire discursive dans Tiébéle (2020) d’Abraham Abassague

Dieudonné TIBIRI

Littératures, Arts, Espaces et Sociétés (LAES)

Université Joseph Ki-Zerbo (UJKZ), Burkina Faso

Email : dieudonne.tibiri@ujkz.bf

Revue Hybrides (RALSH)

e-ISSN 2959-8079 / ISSN-L 2959-8060

Vol. 3, Num. 6,  déc. 2025

Hybridité culturelle et mémoire discursive dans Tiébéle (2020) d’Abraham Abassague

Cultural hybridity and discursive memory in Tiébéle (2020) by Abraham Abassague

 

Résumé :La littérature burkinabè contemporaine constitue un espace privilégié de réappropriation culturelle et de construction identitaire. Dans ce cadre, le roman Tiébélé (2020) d’Abraham Abassagué se présente comme un texte emblématique qui articule mémoire, oralité et critique postcoloniale. L’objectif de cet article est d’analyser les mécanismes discursifs par lesquels Tiébélé met en scène la mémoire Kasna et construit une posture d’auteur enracinée, tout en inscrivant l’œuvre dans une dynamique de résistance symbolique aux récits exogènes. La méthodologie repose sur une analyse discursive littéraire qui mobilise principalement les concepts de Dominique Maingueneau (2004), scènes d’énonciation, ethos, contrat de lecture, complétés par les apports de Mikhaïl Bakhtine (1979) autour du dialogisme et de la polyphonie, et de Homi Bhabha (1994) concernant l’hybridité culturelle. Le corpus est constitué du roman Tiébélé dans son intégralité, étudié à travers ses procédés narratifs, stylistiques et langagiers. Les résultats mettent en évidence un ethos discursif tripartite (lyrique, laudatif et épique) qui permet à Abassagué de se positionner comme un écrivain-griot, un passeur de mémoire. L’écriture se révèle également hybride : le français y est « burkinabisé », traversé par l’oralité Kasna et enrichi d’éléments endogènes. Cette hybridité linguistique et culturelle fait de Tiébélé un espace interdiscursif où se rejoignent la mémoire collective, l’identité culturelle et la critique postcoloniale. L’étude conclut que l’œuvre illustre la vitalité et la légitimité d’une littérature burkinabè contemporaine, capable de conjuguer enracinement et ouverture interculturelle.

Mots-clé : Discours littéraire, Ethos discursif, Hybridation du français, Mémoire culturelle, Littérature burkinabè.

Abstract: Contemporary Burkinabè literature constitutes a privileged space for cultural reappropriation and identity construction. Within this framework, Abraham Abassagué’s novel Tiébélé (2020) stands out as an emblematic text that articulates memory, orality, and postcolonial critique. The aim of this article is to analyze the discursive mechanisms through which Tiébélé stages Kasna memory and constructs a rooted authorial posture, while simultaneously inscribing the work within a dynamic of symbolic resistance to exogenous narratives. The methodology is based on a literary discourse analysis that primarily draws on Dominique Maingueneau’s (2004) concepts—scenes of enunciation, ethos, and reading contract—supplemented by Mikhail Bakhtin’s (1979) notions of dialogism and polyphony, as well as Homi Bhabha’s (1994) theorization of cultural hybridity. The corpus consists of the novel Tiébélé in its entirety, examined through its narrative, stylistic, and linguistic strategies. The results highlight a tripartite discursive ethos (lyrical, laudatory, and epic) that allows Abassagué to position himself as a writer-griot and cultural memory-bearer. The writing also proves to be hybrid: French is “Burkinabized,” permeated by Kasna orality and enriched with endogenous elements. This linguistic and cultural hybridity makes Tiébélé an interdiscursive space where collective memory, cultural identity, and postcolonial critique intersect. The study concludes that the work illustrates both the vitality and legitimacy of contemporary Burkinabè literature, capable of combining rootedness with intercultural openness.

Keywords: literary discourse, discursive ethos, hybridisation of French, cultural memory, Burkinabe literature.

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