Revue Hybrides (RALSH)
e-ISSN 2959-8079 / ISSN-L 2959-8060
Vol. 6, Num. 6, déc. 2025
Les patronymes en pays Tagbana (XVIIIe-XXe siècle)
Surnames in Tagbana country (18th-20th centuries)
Résumé : Cet article porte sur les patronymes, un des caractères identitaires du peuple tagbana, sous-groupe sénoufo qui occupe les départements de Katiola et de Niakaramandougou dans l’actuelle région du Hambol en Côte d’Ivoire. L’étude analyse les transformations subies par ces patronymes depuis le contact permanent des Tagbana avec les Mandé-Dioula et de l’administration coloniale française. Pour élaborer ce travail, nous avons fait recours aux données de la tradition orale. En fait, nous avons mené des enquêtes non seulement dans notre espace d’étude mais aussi dans d’autres localités où se trouvent des Tagbana. Ces enquêtes de terrain se faisaient concomitamment avec l’observation et les réalités sociologiques. Nous avons eu également recours à quelques sources écrites collectées avec des particuliers ou des structures étatiques. L’usage des ouvrages édités et des travaux scientifiques notamment les thèses, les Mémoires et les articles a été fort utile dans notre investigation. La critique historique de toute cette documentation axée sur le fond et la forme a permis de dégager à travers les recoupements, les éléments pas trop utiles et de ne retenir que ceux qui pouvaient orienter notre étude. Il ressort que les patronymes Tagbana Horo, Thio, Hala, N’kongon, Hili et Yiè ont changé respectivement en Coulibaly, Touré, Traoré, Camara, Koné et Ouattara. Ces changements avaient pour cause d’une part, l’attrait de la culture mandé-dioula sur certains Tagbana et ceux-ci, par snobisme, se convertissaient à Islam et adoptaient ces noms malinké et d’autre part, l’équivalence arbitraire faite par les interprètes soudanais et entérinée par l’administration française. Ces interprètes soudanais transformaient les patronymes tagbana selon leur bonne volonté. L’administration française officialisa la disparition totale des patronymes tagbana au profit de ceux mentionnés dans les registres d’état civil par les interprètes soudanais. L’élaboration du code civil ivoirien en octobre 1964 apporta une lueur d’espoir pour les Tagbana de retourner à leur source, mais cet espoir fut de courte durée et les noms malinké reprirent le dessus au grand désarroi du peuple. Il est actuellement plus que nécessaire de se pencher sur cette perte identitaire que vit le peuple tagbana.
Mots-clé: Peuple tagbana, Patronymes, Mandé-Dioula, Interprètes soudanais, Perte identitaire.
Abstract : This article focuses on surnames, one of the identifying characteristics of the Tagbana people, a Senufo subgroup that occupies the departments of Katiola and Niakaramandougou in the current Hambol region of Côte d’Ivoire. The study analyzes the transformations undergone by these surnames since the Tagbana came into permanent contact with the Mandé-Dioula and the French colonial administration. To develop this work, we drew on data from oral tradition. In fact, we conducted surveys not only in our study area but also in other localities where the Tagbana are found. These field surveys were conducted concurrently with observation and sociological realities. We also used some written sources collected from individuals or state structures. The use of published works and scientific papers, particularly theses, dissertations, and articles, was very useful in our investigation. Historical criticism of all this documentation, focusing on both content and form, enabled us to cross-check and identify elements that were not particularly useful, retaining only those that could guide our study. It appears that the surnames Tagbana Horo, Thio, Hala, N’kongon, Hili, and Yiè changed to Coulibaly, Touré, Traoré, Camara, Koné, and Ouattara, respectively. These changes were due, on the one hand, to the appeal of Mandé-Dioula culture on certain Tagbana, who, out of snobbery, converted to Islam and adopted these Malinké names and, on the other hand, to the arbitrary equivalence made by Sudanese interpreters and ratified by the French administration. These Sudanese interpreters changed Tagbana surnames at will. The French administration officially abolished Tagbana surnames in favor of those mentioned in the civil registers by the Sudanese interpreters. The drafting of the Ivorian Civil Code in October 1964 brought a glimmer of hope for the Tagbana to return to their roots, but this hope was short-lived and Malinké names regained the upper hand, much to the dismay of the people. It is now more necessary than ever to address this loss of identity experienced by the Tagbana people.
Keywords : Tagbana people, Patronyms, Mandé-Dioula, Sudanese interpreters, Loss of identity.
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