L’exercice du pouvoir entre le Ça, le Moi et le Surmoi : de Montesquieu à Freud, une régulation inachevée

Sydrique MIARAKA

Université d’Antsiranana, Madagascar

Email : sydriquemiaraka201@gmail.com

Revue Hybrides (RALSH)

e-ISSN 2959-8079 / ISSN-L 2959-8060

Num. spécial 004, mars. 2026

L’exercice du pouvoir entre le Ça, le Moi et le Surmoi : de Montesquieu à Freud, une régulation inachevée

The exercise of power between the id, the ego and the superego: from Montesquieu to Freud, an unfinished regulation

 

Résumé : Cet article interroge la nature profonde du pouvoir à travers une perspective interdisciplinaire croisant philosophie politique, psychanalyse et neurosciences. En partant de la célèbre assertion de Montesquieu selon laquelle « tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » (Montesquieu, 1748, p. 294), il explore l’hypothèse que la domination n’est pas un simple accident institutionnel ; elle constitue une tendance enracinée dans la biologie grâce aux circuits dopaminergiques et à la testostérone, la psyché à travers le Ça freudien et l’existence via la volonté de puissance nietzschéenne. L’étude propose une lecture métaphorique de la séparation des pouvoirs comme Surmoi institutionnel, chargé de freiner les pulsions du Ça politique. À travers une analyse textuelle de Montesquieu, Freud et Nietzsche, croisée avec des données empiriques contemporaines issues des travaux de Sapolsky, Wrangham et Gazzaniga, l’article montre que la régulation du pouvoir est structurellement inachevée : elle canalise la pulsion de domination sans jamais parvenir à l’éliminer complètement. Des cas concrets tels que la France, les États-Unis et le Madagascar qui illustrent les limites du Surmoi institutionnel face aux dérives populistes, technocratiques ou néopatrimoniales. Ainsi, la démocratie ne repose pas sur l’élimination du Ça ; elle exige une vigilance éthique et institutionnelle permanente, renforcée par des réformes adaptées aux biais cognitifs humains et une éducation à la vertu politique.

Mots-clé: Pouvoir, Surmoi institutionnel, Séparation des pouvoirs, Pulsion de domination, Régulation politique

 

Abstract : This article examines the fundamental nature of power from an interdisciplinary perspective combining political philosophy, psychoanalysis, and neuroscience. Starting from Montesquieu’s famous assertion that “any man who has power is inclined to abuse it” (Montesquieu, 1748, p. 294), it explores the hypothesis that domination is not a mere institutional accident; but rather a tendency rooted in biology through dopaminergic circuits and testosterone, in the psyche through the Freudian id, and in existence through Nietzsche’s will to power. The study offers a metaphorical reading of the separation of powers as an institutional superego, responsible for curbing the impulses of the political id. Through a textual analysis of Montesquieu, Freud and Nietzsche, combined with contemporary empirical data from the work of Sapolsky, Wrangham, and Gazzaniga, the article shows that the regulation of power is structurally incomplete: it channels the drive for domination without ever managing to eliminate it completely. Concrete cases such as France, the United States and Madagascar illustrate the limits of the institutional superego in the face of populist, technocratic, or neopatrimonial excesses. The article concludes that democracy does not rely on the elimination of the id; it requires constant ethical and institutional vigilance, reinforced by reforms adapted to human cognitive biases and education in political virtue.

Keywords: Power, Institutional superego, Separation of powers, Drive for domination, Political regulation.

 

Références bibliographiques

 

Sources principales

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